Cuba, sens dessus dessous

David Himbert a grandi dans les Ardennes. Aujourd’hui installé au Québec depuis vingt ans, David confie ressentir des sentiments mêlés au sujet de ses origines. Peu nostalgique par nature, il apprécie néanmoins fouler de nouveau les terres ardennaises, tous les trois ou quatre ans. Lorsqu’il y revient, il éprouve à la fois soulagement et culpabilité de s’être extrait d’un certain déterminisme social. David aspire à plus grand, à plus ouvert. Il vise plus loin. Il prend alors conscience qu’il aura du mal à s’épanouir comme photographe dans sa région. Il envisage de s’installer dans une grande ville française mais il visite plusieurs fois Montréal pour le plaisir et se laisse convaincre par la connexion indéniable qui se crée entre la ville et lui. Le voici parti pour le Québec.

Là où les tensions sociales sont à leur apogée, il s’aventure.


Il profite des sujets de voyages qui lui sont donnés pour documenter ses propres intérêts. Un sujet politique au Brésil ? Il crée en parallèle sa série sur les productions de café. David est fasciné par la politique internationale, ses jeux de pouvoirs, ses impacts sociaux. Il aime entrer dans le coeur, dans la bête.

Cuba retient son intérêt. La résistance cubaine face au capitalisme. Les figures emblématiques telles que Fidel Castro. Et en particulier, le discours de Raul Castro devant l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire, le 1er août 2011 éveille sa curiosité. Là, pour la première fois depuis le début de la révolution, Cuba entrouvre la porte à l’entreprise privée en autorisant, sous certaines conditions strictes (dont celle de ne pas s’enrichir !), les citoyens à travailler à leur compte, et non plus exclusivement pour l’État. C’est le début de la fin du socialisme à Cuba. Il le sent, documenter cette transition, quelle que soit la durée, devient une volonté irrépressible.

En panne à la Havane

Sur place il se fait aider d’un fixer, un local qui s’occupe de placer les appels, valider les informations, prendre les rendez-vous, gérer les transports, etc. La planification est essentielle et fait partie intégrante de son travail.

Persona non grata à Cuba


Il est cependant arrêté par la Sûreté de l’État fin 2018 alors qu’il souhaite rencontrer Berta Soler, dirigeante des Dames en Blanc, groupe de défense des droits humains ouvert aux femmes cubaines. De retour, contre son gré, à Ottawa, l’ambassade de France lui confirme que s’il se présente de nouveau à Cuba, il y sera arrêté. La fin brusque de ce projet de 7 ans le marque profondément.

En quête d’un nouveau sujet et pour panser ses plaies, il décide de se pencher sur la Communa 13 à Medellin, en Colombie. Quartier fort de son histoire, il représente dans les années 80-90 l’une des favelas les plus violentes au monde pour héberger des luttes entre narcotrafiquants. Il est aussi le fief de Pablo Escobar.

David est impressionné par le miracle social en train de s'opérer là-bas : "C'est fascinant comme un peuple peut-être à la fois son propre cancer, et son propre remède". Après des décennies de violence et de guérilla, la population de Medellin a décidé de tourner la page et de pacifier la ville. Les politiques visionnaires de la mairie le surprennent, particulièrement concernant les transports, pensés avant tout comme un vecteur d’inclusion. Entre Medellin et David, l’avenir reste à écrire mais une chose est certaine, le photographe souhaite y retourner pour mettre en lumière la beauté de son actualité. C'est aussi sa façon de concevoir son travail, un genre de “Slow Journalism”, le privilège de travailler sans échéancier. C'est une belle liberté, personne ne l'attend, il y viendra lorsqu’il sera prêt, quand il jugera son propos clair et digne d'intérêt.


Titre de la photo de couverture : Sur la place de la Révolution à Santiago, la veille des funérailles de Fidel Castro, le dernier des 9 jours de deuil national observés par le peuple cubain. Santiago de Cuba, 3 décembre 2016.
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par Parégrine
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